Servir comme un sacerdoce Réflexion citoyenne sur l’action publique selon Laurent Jimaja



C’est un fait bien établi : dans notre monde, l’exercice du pouvoir rime trop souvent avec privilèges et confort personnel. Mais dans ce tumulte ordinaire, certaines intelligences continuent de s’élever pour rappeler la vocation première de la chose publique : celle du service. Laurent Jimaja, intellectuel béninois à la plume rigoureuse et altruiste, revient à travers une réflexion structurée et sans complaisance sur le véritable sens de l’engagement politique et social. Une fois encore, il convoque les principes essentiels, avec sobriété et hauteur de vue, pour poser les jalons d’une action publique juste, solidaire et exigeante.

 

 « Il n’y a rien de plus beau et de plus important que de servir ses congénères, ses proches, ses concitoyens, » affirme-t-il d’emblée, avec une conviction puisée dans les principes de justice et de responsabilité. Citant Kéba Mbaye, ancien président de la Cour suprême du Sénégal, il rappelle que le pouvoir est un sacerdoce, non une sinécure. Ce choix lexical n’est pas anodin : il renvoie à une posture morale, presque spirituelle, qui engage le détenteur du pouvoir à se mettre au service de l’autre, et non à se servir de sa position.

Jimaja ne se perd pas dans la nostalgie des slogans révolutionnaires d’autrefois, « Se servir ? Non ! Servir le peuple ? Oui ! »,  mais les convoque pour mieux souligner leur décalage avec la réalité actuelle. Le cœur de sa réflexion est ailleurs : dans l’urgente nécessité de définir des objectifs collectifs clairs, mesurables et partagés, non plus sous forme de promesses électorales, mais comme des caps à tenir, des directions ajustables au gré des défis, mais tenues avec rigueur.

Il dessine ainsi les deux piliers de l’action publique digne de ce nom : la démocratie comme finalité, et la solidarité comme méthode. Car, dit-il à juste titre, « la force de la chaîne dépend du maillon le plus faible. » C’est là que le propos de Jimaja se fait à la fois politique et profondément humain : il rappelle la nécessité de s’adresser d’abord aux jeunes désabusés, aux agriculteurs marginalisés, aux exclus du secteur informel, aux personnes vivant avec un handicap, et surtout à ceux que la faible instruction tient à l’écart des enjeux de leur propre société.

Face au drame silencieux de l’exil clandestin, où trop de jeunes béninois parient leur vie contre l’absence de perspectives, il lance un cri d’alarme sobre mais puissant : il faut redonner des raisons d’espérer. Il faut que l’État retrouve sa capacité à nourrir les espérances de la jeunesse et à valoriser le génie de ceux qui, malgré tout, adaptent et détournent les outils modernes pour répondre à leurs besoins.

L’épargne locale, les transferts informels d’argent, les systèmes d’entraide numérique sont autant d’exemples du dynamisme sous-jacent d’un peuple souvent oublié par les politiques économiques classiques. À partir de cette vitalité du terrain, Jimaja propose d’imaginer des modèles endogènes de développement et de financement : un capitalisme de solidarité qui mobilise les ressources là où elles sont, en dehors des banques, en dehors des circuits dominants.

En somme, cette réflexion est un cri : à l’humilité, à la lucidité, à l’intelligence collective. Elle nous rappelle que le pouvoir n’a de sens que dans sa capacité à élever les plus vulnérables, à bâtir des ponts plutôt qu’à dresser des murailles. Elle exhorte à une réorganisation profonde de notre manière de concevoir le développement, pour qu’il soit enfin à visage humain.

Ci-dessous, la réflexion complète de Laurent Jimaja, à lire avec attention et à méditer comme une invitation à repenser le pacte social.

Réflexion de Laurent Jimaja :

Être prêt à donner de sa personne parce qu’il n’y a rien de plus beau et de plus important que de servir ses congénères, ses proches, ses concitoyens, de mettre à leur service les talents dont on dispose. C’est certainement ce qui fit dire à Kéba Mbaye alors président de la cour suprême du Sénégal, qu’il faut « considérer l’exercice du pouvoir comme un sacerdoce et non comme une sinécure ».

Au-delà des formules chocs qui rappellent les slogans longuement déclamés du temps de la « révolution démocratique et populaire » ici, tels que :

·         se servir ? Non !

·         servir le peuple ? Oui
(au-delà des slogans donc), c’est toute la frustration d’une grande partie du peuple, qui était exprimée pour galvaniser les laissés-pour-compte que l’on appelait les prolétaires dans un langage fleuri et bien connu à l’époque.

Sans blâmer quiconque, ressortissant ou non d’ici, ce qui devrait préoccuper encore et toujours, c’est le choix des moyens pour atteindre des objectifs définis et acceptés du plus grand nombre. Alors il est temps d’affirmer ces objectifs non pas en termes de promesses mais de caps avec des chemins en permanence ajustés et réajustés pour affronter les nombreux aléas et défis qui émaillent la vie.

Rien pour soi, tout pour et avec les autres : surtout les plus faibles surtout lorsqu’on a eu le privilège de voyager dans l’espace et dans le temps (exil et lecture) pour se nourrir et se convaincre des expériences nécessaires et utiles pour influencer positivement les siens et leur vie.

S’il y a deux mots pour déterminer l’action publique, ce serait démocratie et solidarité. La démocratie comme cap pour un pouvoir véritablement du peuple pour le peuple, la solidarité comme le moyen pour soutenir les plus faibles. En effet la force de la chaîne est dépendante de celle de son maillon le plus faible, son maillon le plus fragile.

Les franges les plus faibles aujourd’hui sont les jeunes, les agriculteurs, les acteurs du secteur informel mais aussi les citoyens et citoyennes fragilisés par quelque handicap physique ou mental mais aussi et surtout celles et ceux qui n’ont pas atteint un niveau d’instruction leur permettant de se faire une lecture des enjeux de notre temps. Il y a beaucoup à faire pour satisfaire les besoins de chaque frange même si des besoins globaux sont satisfaits et déterminent des résultats positifs au niveau des indicateurs internationalement admis.

Trop de jeunes fuient leur pays, estimant qu’il n’y a rien à y faire, et préfèrent tenter l’aventure au péril de leur vie de braver le Sahara et la Méditerranée puis d’affronter les conditions d’accueil dans les pays européens au prix d’arguties à faire pâlir les plus grands menteurs. Combien de naufragés de la vie ne retrouve-t-on pas dans les agglomérations européennes lorsqu’ils ont réussi la difficile épreuve migratoire ? Il y a pourtant tellement à faire dans leur pays d’origine ! On peut affirmer sans risque de se tromper que c’est l’absence de raisons d’espérer qui les jette sur le chemin de l’exil. Un suicide qui ne dit pas son nom.

Alors, il est plus que temps de donner des raisons d’espérer à la jeunesse et à sa fougue et à son dynamisme !

Pour les agriculteurs, ils sont héritiers de pratiques ancestrales longtemps éprouvées et qui ont fait leurs preuves sur plusieurs générations, il convient de les raccrocher au train de la vie moderne et surtout de les accompagner dans leur quête d’un prix rémunérateur pour leurs productions.

Par ailleurs, aujourd’hui, la masse monétaire en circulation n’est plus déterminante pour mesurer les performances économiques. Le dynamisme de l’économie peut se mesurer au nombre de transactions opérées électroniquement et aux montants globaux des échanges. Le génie des laissés-pour-compte est qu’ils s’adaptent très vite et subtilement aux moyens modernes qu’ils détournent parfois pour répondre à leurs besoins. Il y a quelques années un coup de téléphone entre un pays de résidence d’une personne permettait de mettre de l’argent à disposition d’une autre personne dans le pays d’origine sans passer par les circuits bancaires trop longs et exigeants (preuve d’identité, commissions diverses, etc…). Avec la pénétration de la téléphonie mobile et des possibilités de transferts, les circuits sont réduits et les interlocuteurs sont directement en liens pour des échanges sans intermédiaires.

À nous de nous en inspirer pour proposer un modèle dans lequel le plus grand nombre se reconnaît pour mobiliser l’épargne et constituer un socle pour l’investissement interne.

LJ

 


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